Hello les explorateurs littéraires. Je vous embarque avec moi aujourd’hui pour découvrir l’univers de David Ruiz Martin, et plus précisément dans celui de son dernier roman, Seule la haine publié aux Editions Nouvelle Bibliothèque.

Comment vous est venue l’idée de ce livre et l’envie de l’écrire ?

   L’idée de « Seule la haine » m’est venue sur un infime détail. C’était durant l’été 2018, au bord du lac de Neuchâtel. J’étais avec un ami et nous discutions de choses et d’autres. Puis nous en sommes venus à parler des maux du monde d’aujourd’hui. À un moment, je lui ai dit, pour plaisanter, que tous nos problèmes venaient en fait de nos parents et de leur génération, qui avaient pris trop à la légère la fragilité de notre planète. Ma remarque m’a interpelé puis le soir, je me suis mis à écrire un court texte, une sorte de monologue, celui d’un adolescent qui serait conscient du monde, de ses travers et de tous les drames passés dont il tiendrait pour responsable la génération précédente.

   Le début de mon histoire était né.  

Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire ce livre ?

   J’ai eu envie de mettre en scène l’histoire d’un adolescent à l’intelligence hors norme, qui soit conscient des travers de notre génération et qui aurait vécu un grand drame (ici, le suicide de son grand-frère). J’ai voulu pousser le lecteur à entrer dans la tête de Larry, le psychanalyste, en proie avec cet adolescent surdoué. En l’écrivant à la première personne, j’ai voulu inclure le lecteur au centre de l’histoire, qu’il soit témoin des révélations au même moment que Larry. Et que tout comme lui, qu’il soit secoué lors de sa lecture.

Couverture de Seule la haine - David Ruiz Martin

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur cet ouvrage ?

   C’est un ouvrage très dur, très sombre, mais en même temps rempli d’émotions diverses, parfois contradictoires. Toute une partie se déroule en huis-clos. On suit le calvaire dont Larry fait face, menotté et mis en joue par l’adolescent, avec les révélation d’Elliot qui se succèdent, toujours plus choquantes, plus déroutantes, qui lui raconte son quotidien, après le suicide de son frère ainé, et de comment il a commencé à suivre les deux prétendus amis de ce dernier, ceux qui pour lui, l’auraient poussé à commettre l’irréparable.

Y’a-t-il des livres ou des personnalités qui vous ont inspiré dans votre travail, en tant qu’auteur ?

   Le premier roman qui me vient à l’esprit est bien sûr Misery, de Stephen King, dont je suis un grand fan. Peut-être ai-je voulu tenter d’apporter cette tension identique au récit, cette noirceur, cette course effrénée et vouée à l’échec que subit Paul Sheldon face à Annie Wilkes pour se sortir de ce mauvais pas.

Quelle(s) difficulté(s) avez-vous rencontré pendant l’écriture de ce livre ? Comment les avez-vous surmontées ?

   Je ne crois pas, à proprement parler, avoir rencontré de difficulté majeure lors de l’écriture de « Seule la haine ». Mais le plus dur ici, je pense, a été de garder un rythme soutenu, de ne laisser aucun temps mort, aucun répit au lecteur, qu’il soit tiré dans l’histoire dès les premières lignes et qu’elle s’agrippe à lui jusqu’à la dernière page, peut-être même au-delà. Je n’ai jamais cherché à choquer, même si certaines scènes sont « brutes de décoffrage ». Rien n’est gratuit dans ce texte, tout a une explication et tout vient accentuer l’ambiance que j’ai voulu apporter au récit. 

Quels ont été vos processus d’écriture, de l’idée à sa finalisation ? Combien de temps cela vous a-t-il pris ?

   En général, j’écris le matin. Je me lève entre 4h00 et 4h30, puis j’écris jusqu’à 6h30, quand je me prépare pour aller au travail. Depuis mes premiers romans, je travaille toujours avec une sorte de « story board ». Les chapitres ne sont certes pas clairement résumés, mais j’ai déjà un fil conducteur, avec les idées, les éléments et passages important qui viennent s’inclure chronologiquement au texte. Et surtout, dès le début de l’écriture d’un roman, je connais la fin exacte. Je sais que certains auteurs aiment « se surprendre eux-mêmes » en écrivant tout en ignorant où va aller leur histoire.

   Ce n’est pas mon cas. J’ai besoin d’avoir tous les éléments, de savoir où je vais et de ce que je veux provoquer comme émotions au lecteur, pour pouvoir parfaitement faire mon travail (du moins, le mieux que je peux). 

Quel a été le dernier livre pour lequel vous avez eu un coup de cœur ?

   « Moins que zéro » de Bret Easton Ellis.

   J’ai beaucoup aimé comment il a réussi à dépeindre le quotidien miséreux de ces fils de riches, cette jeunesse en perdition, dans cette Californie des années 1990.

Quels sont vos prochains projets ?

   J’ai plusieurs projets en cours. Deux nouvelles ont été écrites récemment pour des recueils, dont les ventes serviront à subventionner une partie des salons du même nom. J’ai aussi écrit une novella (environ 15’000 mots) en décembre dernier, pour les Editions Okama (Lausanne, suisse). Elle sera incluse avec quatre autres textes, tous écrits par des auteurs résidants en suisse romande (dont Nicolas Feuz, procureur et auteur de polars). Nous avions un thème commun à respecter (Halloween), en plus de quelques détails à inclure dans notre histoire. Le recueil paraîtra cet automne.

   Ayant déjà terminé mon 5ème roman, je viens de m’attaquer à mon sixième, dont le titre ne m’est pas encore venu pour le moment. J’attends de le terminer pour que celui se dévoile à moi… ☺ Ce sera un thriller, ou plutôt une sorte de roman noir passionnel et légèrement sulfureux.   

Quels conseils donneriez-vous à une personne qui souhaite écrire un livre ?

   De par ma modeste expérience, je dirais avant tout, qu’il ne faut pas avoir peur d’écrire. Beaucoup de gens n’osent pas se lancer. Par peur du jugement, de la critique parfois négative. On passe tous par là et même après quelques romans, j’ai toujours ces mêmes appréhensions. Mais qu’importe, il faut se pousser à faire ce que l’on souhaite. 

   Je dirais ensuite, qu’il faut écrire « vrai ». J’entends par là qu’il ne faut pas tenter de copier ce que l’on aime lire. On peut s’en inspirer, certes, par le rythme, par une construction d’histoire ou de personnage, mais il faut savoir garder un style, son style, sans quoi le lecteur ne comprendra pas et ne nous suivra pas sur le long terme. Ce n’est pas grave si les premiers écrits sont approximatifs, s’il y a des erreurs ou des maladresses. On passe tous par ces premiers moments.

   J’entends aussi parfois des gens dire qu’ils aimeraient un jour écrire, mais ne se lance jamais. C’est une erreur. Ecrire un roman ne se fait pas suite à une simple envie. Il faut de l’investissement, énormément d’investissement. Et il faut écrire, tout simplement. Écrire encore, persévérer et se relire. Que ce soit de courts textes, des pensées, des poèmes ou des débuts d’histoires, ne pas avoir peur d’écrire des choses qui ne seront jamais lues, il faut écrire tout ce que l’on peut, dès que l’on peut, et notre plume n’ira qu’en s’améliorant. Lire beaucoup d’autres choses aussi, ne pas se contenter de la seule écriture. Garder l’esprit éveillé et voir ce qui se fait autour de soi.

   Et pour ceux qui veulent se lancer dans l’écriture d’un roman, il faut être méthodique. Savoir où et quand placer son histoire, connaître les détails de ses personnages. Bien définir leur âge et leur caractère dès le début peut aussi aider. 

Découvrir Seule la haine

Lire l’interview de Yannick Tourratier

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